Le directeur général du groupe Bernard Hayot (GBH), Stéphane Hayot, a été auditionné le 3 avril 2025 par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. dans un contexte de tensions croissantes autour du coût de la vie dans les territoires ultramarins. Face aux accusations de position dominante, de marges excessives et d’opacité financière, le dirigeant du puissant groupe de distribution a défendu sa stratégie et tenté d’apporter des réponses chiffrées.
Une présence incontournable en Outre-mer… et au-delà
Fondé en 1960, le groupe GBH est aujourd’hui l’un des principaux acteurs économiques des Outre-mer. Présent dans la grande distribution, l’automobile, l’industrie (rhum, yaourts, béton), il emploie 18 000 salariés dans 19 territoires, dont 10 500 dans les Outre-mer. Son chiffre d’affaires 2023 s’élève à 5 milliards d’euros, avec un résultat net de 228 millions.
En 2023, GBH a investi 306 millions d’euros, soit 25 % de plus que son bénéfice. Stéphane Hayot insiste : « Nous réinvestissons massivement, c’est notre modèle familial. »
La vie chère : entre responsabilités et justification structurelle
Les députés ont interpellé GBH sur sa responsabilité dans la vie chère, en particulier dans la grande distribution où le groupe détient parfois plus de 50 % de parts de marché. Les marges pratiquées, notamment dans l’automobile, ont été vivement critiquées.
Stéphane Hayot réfute les accusations de pratiques abusives : « Dans l’alimentaire, notre marge brute est de 24 %, comparable à celle du groupe Auchan. Sur ces 24 €, 10 vont aux salaires, 10 aux charges, 2 aux taxes, et seuls 2 % restent en bénéfice net. » Selon lui, les causes principales de la vie chère sont structurelles : éloignement géographique, fiscalité locale, faiblesse des filières de production.
Un protocole pour faire baisser les prix… partiellement appliqué
Le protocole signé en octobre 2024 entre l’État, la Collectivité territoriale de Martinique et les distributeurs prévoit une baisse de 20 % sur 6 000 produits de première nécessité. Les engagements pris :
- Suppression de l’octroi de mer par la CTM sur ces produits.
- Suppression de la TVA par l’État.
- Réduction des marges de 11 millions d’euros par les distributeurs.
- Mise en place d’un mécanisme de réduction des frais d’approche.
Selon GBH, la baisse constatée serait actuellement de 12 % en moyenne. « L’atteinte de l’objectif des 20 % dépend de la mise en œuvre complète du volet “continuité territoriale”, c’est-à-dire la réduction des coûts d’acheminement », précise Christophe Bermond, directeur Carrefour Martinique.
Opacité financière et lobbying : la défense du groupe
Très critiqué pour le non-dépôt de ses comptes consolidés entre 2018 et 2023, GBH a régularisé la situation en février 2025, sous pression judiciaire. « Nous avons pris l’engagement de les publier chaque année. Nous avons peut-être tardé, mais ce n’était pas par volonté de cacher », a expliqué Stéphane Hayot.
Concernant les accusations de lobbying non déclaré, GBH dément toute irrégularité : « Si la Haute Autorité nous indique des obligations supplémentaires, nous les respecterons. »
Production locale et responsabilité sociale : entre discours et attentes
Le groupe revendique un ancrage local fort : 75 % des postes d’encadrement sont pourvus localement, plus de 2 000 CDI ont été créés depuis 2022, et 1250 jeunes accueillis en stage ou en alternance. Sur la production locale, GBH cite l’exemple de la Réunion où « 35 % des achats alimentaires sont locaux », mais reconnaît que la Martinique et la Guadeloupe sont en retard.
Des initiatives de soutien à l’agriculture, à la pêche, au recyclage et aux énergies renouvelables ont également été mises en avant, notamment après le cyclone à Mayotte (fonds d’urgence de 2 millions d’euros).
Un climat politique tendu
L’audition, longue et parfois tendue, a vu plusieurs députés dénoncer une situation d’oligopole, voire de quasi-monopole, et des marges jugées « anormalement élevées ». D’autres ont défendu l’importance de groupes puissants et structurés pour l’économie ultramarine, tout en appelant à plus de transparence et de redistribution.
Stéphane Hayot a conclu : « La confiance est essentielle. Oui, nous devons faire mieux, mais les solutions à la vie chère sont collectives, structurelles, et nécessitent une action concertée des acteurs publics et privés. »